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Site du Comité des Chefs de Police d'Afrique Centrale

« La mutualisation des efforts s’impose pour arriver à bout de la traite des PERSONNES »

Interview


Chantal APENDEKI

Officier Régional Spécialisé en charge des communautés vulnérables au

Bureau Régional INTERPOL pour l’Afrique Centrale

 

Qu’est-ce que la traite des personnes et quelle distinction peut-on faire avec le trafic des migrants ?

Trois principaux mots régissent la traite des personnes. Il s’agit notamment du recrutement, du transfert et de l’exploitation. Cette traite se développe sous diverses facettes à savoir : la traite des femmes aux fins d’exploitation sexuelle, le trafic aux fins de travail forcé, le trafic d’organes, la vente des êtres humains et autres. La différence entre les deux résulte dans les trois éléments qui sont l’acte, le moyen et la finalité.

S’agissant de la traite on peut noter le fait que la victime n’est pas consentante et que les moyens utilisés sont souvent la tromperie, la contrainte ou la force. Tandis que pour ce qui est du trafic de migrants, il y a consentement de la part du migrant. Le point commun c’est que ces deux criminalités aboutissent à l’exploitation des victimes. Une autre différence est que le trafic de migrants implique le franchissement illégal de frontières et l’entrée dans un autre pays tandis que la traite n’implique pas nécessairement le franchissement de frontières.

Plusieurs accords bilatéraux et lois pour la lutte contre la traite des personnes sont  adoptés  par les pays de la sous-région Afrique Centrale, mais on se rend compte que le phénomène va grandissant, comment comprendre cela ?

C’est là le nœud du problème. Les pays dis- posent des batteries de lois et sont signataires de plusieurs accords et conventions, mais comment expliquer que ces lois ne sont pas appliquées ? L’un des objectifs de cet atelier est de pouvoir conscientiser les services chargés de l’application de la loi à l’appliquer dans leur travail quotidien, à partager les in- formations, et surtout se référer à leurs Bureaux Centraux Nationaux (BCN) respectifs afin d’utiliser les capacités policières mise à leur disposition par INTERPOL. Il est crucial de pouvoir partager les informations et de pouvoir nous retrouver de temps en temps, périodiquement, pour réfléchir ensemble sur l’évolution de la question.

Quels sont les modes opératoires les plus couramment utilisés par les trafiquants ?

Il existe plusieurs modes opératoires selon qu’on est pays d’origine de transit ou de destination. Ce qu’il faut retenir c’est que les criminels travaillent en réseau. Pour ce qui est de l’Afrique Centrale, les destinations sont souvent l’Europe et les pays du Golfe ou l’Afrique du Nord. Les trafiquants utilisent très souvent la ruse et parfois ils recrutent des filles innocentes en leur disant qu’ils vont leur trou- ver du travail. Nous sommes dans un contexte où plusieurs personnes pensent que l’Europe et ces pays-là sont des eldorados où coulent la manne et le miel. Une fois arrivées là-bas, les filles recrutées majeures ou mineures, se retrouvent dans des situations de traite inouïe. Ça peut être l’exploitation sexuelle, le trafic des organes, ainsi de suite. En plus de cela, le drame c’est quand les familles collaborent avec les trafiquants moyennant une somme d’argent qui leur est remise. Ces trafiquants utilisent les faux documents et traversent les barrières.

Nous pensons que les polices sont vraiment interpellées pour renforcer le contrôle au niveau des frontières, moyen efficace de lutte.

Il existe dans la sous-région  une  variété de mesures de lutte contre la  traite  des  personnes.  Ne pensez-vous pas qu’une mesure commune pourrait sans aucun doute contribuer à réduire considérablement ce phénomène ?

A la base, chaque pays a ses lois, toutefois tous les pays sont communément signataires de la Convention de Palerme. INTERPOL travaille dans le sens de renforcer la coopération po- licière entre les États. Étant donné que nous sommes devant un cas de crime organisé, la mutualisation des efforts s’impose.

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