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«Il faut sensibiliser toutes les couches sociales et les institutions contre le phénomène de la traite des personnes »

Formation de lutte contre la traite des personnes Deuxième jour

Interview

Tatiana LOBE

Chargée de projets au sein de l’Organisation Internationale pour les Migrations (OIM) au Cameroun

Quel peut être le rôle que joue la femme sur les questions de traite des personnes ?

En fait la femme a deux rôles. On peut analyser la position de la femme sur les questions de traite de deux façons. Du fait de sa spécificité, la femme est un être vulnérable. Aussi, elle est généralement victime, mais souvent actrice. Elles peuvent être des auteurs de la traite, des bourreaux, des trafiquantes comme elles peuvent aussi se retrouver dans la position de victime. De ce fait, nous avons sollicité de la part des Officiers de prêter une plus grande attention lorsqu’ils se retrouvent face à une femme en compagnie d’un enfant par exemple. Il faut qu’ils puissent se poser la question : Est-ce que cette femme n’est pas actrice d’un cas de traite ? Maintenant, si c’est une femme qu’ils trouvent sous des conditions de sévices ou d’exploitation sexuelle, ou alors une femme en détresse : Est-ce que ce n’est pas une victime ? Si c’est le cas, elle a des besoins spécifiques qu’il faut combler. Ça peut être des besoins en termes sanitaire, psychosocial, sécuritaire,…, bref, elle a besoin d’être mise en confiance. Il en de même pour la personne qui va mener l’interview auprès d’une femme qui est victime de violence sexuelle. Il faut savoir avec qui elle se sentira à l’aise pour parler de son cas.

Quelle différence fait-on entre la traite et le trafic des migrants ?

La traite suppose trois éléments constitutifs. Il faut qu’il y ait un acte, un moyen et un but, c’est- à-dire une finalité. L’acte peut être le transport ou le recrutement. Le moyen peut être l’utilisation de la force, de la contrainte ou de la tromperie. Tout cela pour aboutir à l’exploitation sexuelle afin de tirer des bénéfices financiers de la personne. C’est vraiment une privation de liberté, un acte d’esclavagisme à l’endroit d’une victime.

Quelles peuvent être les causes du trafic des personnes ?

La liste des causes du trafic des personnes n’est pas exhaustive. Il peut avoir la pauvreté, le chômage, la proximité des frontières, le fait de voir les autres pays comme des pays à meilleurs revenus économiques que les nôtres. Ce sont donc des causes socioéconomiques, auxquelles se greffent les causes culturelles. En effet, le fait qu’on fuit certaines réalités culturelles dans son contexte, et on a envie de plus de modernité, expose les personnes à la traite et au trafic. Dans le même sillage, le fait qu’on soit pauvre, qu’on n’ait pas d’argent, qu’on soit orphelin ou mineur non accompagné, fait des victimes des proies faciles pour les trafiquants.

Quid des conséquences qui en découlent ?

Les conséquences qui peuvent découler de ce qui précède sont qu’on aboutit généralement à l’exploitation de la personne. On cherche un meilleur travail, des meilleures conditions de vie, et on tombe facilement sur les offres qui ne sont pas aussi réelles. On a par exemple parlé de la condition des femmes qui vont au Liban, au Koweït ou au Qatar pour devenir ménagère. Ce sont des affiches que l’on aperçoit un peu partout. Neuf cas sur dix sont des cas de traite. Même par voie aérienne, les victimes réussissent à voyager avec de faux documents. Parfois les victimes ont de vrais documents, de vrais visas mais dès qu’elles arrivent, leurs documents de voyage sont retenus et les sévices commencent.

Comment remédier à cette situation ?

Au niveau de l’OIM, on travaille sur les questions de traite et de trafic des migrants. En terme de solutions, nous avons le Programme d’Assistance au retour volontaire des Migrants, qui est un programme qui aide les migrants en détresse à rentrer dans leurs pays et à bénéficier d’un appui psychosocial à la réintégration. On les aide à la réintégration dans leurs pays d’origine. Ce programme est à présent dans tous les pays de l’OIM et on travaille en coopération pour aider les migrants en situation irrégulière. Il faut dire que la coopération policière entre les États, comme le fait INTERPOL, est très importante et le partage d’informations également. A côté de cela, il y a l’amélioration des conditions de vie dans chaque pays où le taux de traite est élevé. Il faudrait dans ce cas améliorer les conditions de vie, d’accès à l’éducation et aux services sociaux de base des populations. Ce sont aussi des aspects qui font que quand des gens ne trouvent pas leur compte dans leur pays de résidence, ils ont envie de partir ailleurs.

Quelles peuvent être les  stratégies  pour  toucher les cibles concernées par la traite et le trafic des personnes ?

Il serait opportun, nous l’avons dit, d’améliorer les conditions de vie des populations dans leurs pays d’origine d’une part, et procéder à des sensibilisations qui sont très importantes, d’autre part. Il faut sensibiliser à tous les niveaux, toutes les couches sociales (rurales, urbaines), sans oublier les sphères institutionnelles. Il faut le dire, le concept de traite reste encore un peu flou dans la perception du public et sa définition pose encore problème. La sensibilisation des populations doit donc être accentuée, notamment suite à ce qu’ils voient à travers les affiches, les propositions sur Inter- net, et les actes de cybercriminalité. Il faut en effet que des sensibilisations de masse soient effectuées, pour que les gens puissent être édifiés, et opter pour des voies de migrations régulières, car c’est ce que nous à l’OIM, nous prônons.

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